dimanche 22 août 2010

Un lieu spécial

Buenos dias, Suiza!

Maintenant, je retrouve enfin mes activités avec les pastorales. Pour le cas où vous n'aviez plus trop suivi, je vous fait la liste: visite au commissariat, atelier de cinéma à la prison, cours d'anglais et travaux manuels à Santa Rosa de Lima. Apparemment, je vais devoir laisser tomber le choeur (faute d'enfants) et l'atelier de théâtre à la prison des jeunes (faute de volontaire argentin...). Une activité me tient particulièrement à coeur: visiter la famille de Silvana et Nito à Santa Rosa de Lima, un quartier pauvre. Ces derniers vivent dans une petite maison au milieu d'un tas d'ordure, avec leurs 7 enfants.
Samedi, je suis retournée leur rendre visite, en compagnie de Ricardo et de sa fille Julieta. Il faut relever que Julieta a 15 ans et passe tous ses samedis après-midi à Santa Rosa de Lima, qui n'est pas le quartier le plus plaisant de la ville. Chapeau Juli! Je ne sais pas si j'aurais eu la même générosité à son âge... Julieta m'explique que les baskets que l'on voit suspendues sur les fils électriques de Santa Rosa signifient que l'on peut acheter de la drogue dans telle rue. Nous voyons également une fouine suspendue au fil électrique, ce qui n'a apparemment aucune signification codée, simplement la conséquence du sadisme de quelque désoeuvré. Parfois, nous avons des échos des fusillades et des règlements de compte du quartier. Ainsi, la pastorale de l'enfance exige des volontaires une conduite irréprochable au niveau de la sécurité.
Mais Santa Rosa de Lima, c'est aussi le lieu où tu fais de belles rencontres. Jeudi matin, je suis allée faire de la "manualidad" et donner mon cours d'anglais au centre Corazon de Maria. J'y fabrique surtout des rosaires, des chapelles et des christs en croix, une activité bien tranquille. On colle, on passe un coup de peinture, tout en discutant avec les dames qui travaille dans le centre (la cuisine, quelle planque!). Une jeune fille, 15 ans au plus, y vient avec son fils d'une année. Je fais des risettes au bébé et la glace se rompt aussitôt. Lorsque je passe devant sa maison le samedi, elle me fait de grands signes, alors qu'elle m'ignorait auparavant. Au retour, je croise une dame qui travaille au centre: même réaction. Les gens y sont peut-être méfiants au début, mais tellement spontanés, pleins de vie, émouvants.
Quand nous allons prendre le maté dans la famille de Silvana, de la cumbia, cette musique si populaire à Santa Fe, résonne de maisons en maisons. Une dame passe à bicyclette pour vendre du pan casero, les enfants jouent dans la rue, ou au milieu du tas d'ordure. Samedi, Silvana nous a amenés nous promener sur une route un peu extérieure au quartier. D'un côté, des ordures, de l'autre une tranchée pleine d'eau et d'ordures. La petite Valentina, une année, s'émerveille en voyant les oiseaux s'envoler des arbres, Erica et Cintia jouent avec une paire de chaussures récupérés dans les ordures, Mamu saute dans la rigole, Silvana admire l'omnibus qui passe sur l'autoroute. Des choses simples, au milieu de la laideur, peuvent encore nous émerveiller. Parfois, en pensant à ce lieu, je me remémore cette phrase de Yasmina Khadra: "C'est au milieu du cloaque que fleurit le nénuphar".

Hasta luego Suiza, te quiero mucho.

Hortensia


4 commentaires:

  1. Salut Hortense !

    Merci pour cette magnifique description de la vie à Santa Rosa de Lima... Immersion et émotion garanties!!

    Une question me titille : Ta relation avec les gens a l'air très bonne et très enrichissante. Mais comment est-ce que les habitants des quartiers pauvres, les jeunes que tu côtoies dans tes activités, les gens auxquels tu rends visite te perçoivent-ils? Qui es-tu à leurs yeux? Qu'incarnes-tu? Une missionnaire bénie par la Madone? Une travailleuse humanitaire? Une touriste de la misère en mal de sensations fortes et d'exotisme? La Suisse Charitable? ...
    Hasta luego !

    RépondreSupprimer
  2. Ahh, une dernière question : Tes chapelles, tu les fabriques aussi avec de la ficelle et des billes en bois ? ;-)

    RépondreSupprimer
  3. Hola,

    Je crois que les gens de Santa Rosa ne se posent pas autant de questions. Ils se disent: tiens, une Suissesse vient travailler chez les soeurs. Ils ont l'habitude de voir des volontaires argentins, qui viennent des classes moyennes (surtout), venir dans le quartier. Ces volontaires sont blancs (en général...), alors que les habitants du quartier sont métisses (avec quelques exceptions). Si il y a eu de la méfiance au début, je pense que cela s'est passé lorsque ces volontaires argentins ont commencé à venir dans le quartier, il y a quelques années. Nous, les Suisses, nous ne faisons que les accompagner.
    Les gens ont compris qu'il n'est pas question d'argent et que nous sommes ici pour les enfants. Ceux-ci s'attachent très vite et ne se posent pas de questions. A partir du moment où ils t'acceptent, ils te prennent comme tu es. Il en est de même pour la famille à Silvana, je crois. Il faut aussi relever que les trois soeurs qui travaillent dans le quartier sont roumaine, brésilienne et indienne. Donc, ce n'est pas inhabituel pour eux que des étrangers viennent travailler avec les enfants de Santa Rosa de Lima.
    Quant aux chapelles, on les fabrique avec des pincettes en bois et de la colle. Pas de ficelle ni de billes.

    J'espère que j'ai répondu à ta question. Il faut aussi dire que tout était clair pour moi avant de partir. Il n'était pas question de faire du "tourisme humanitaire", ce qui signifierait venir visiter un quartier pauvre, prendre des photos et s'en aller. Il n'est pas question d'émotions fortes non plus, car ce quartier est devenu une partie de mon quotidien. Quant à la missionnaire, ce mot est beaucoup employé en espagnol, sans forcément la même connotation hyper-catho qu'on en fait en français.
    L'idée est plutôt d'un échange, d'un partage. La famille de Silvana, par exemple, nous offre le maté et nous leur offrons un peu de notre temps. Tout simplement.

    Hasta luego papacho, si tu as d'autres questions, pas de problèmes, contacte-moi.

    Hortense

    RépondreSupprimer
  4. Merci bcp pour ta réponse Hortense! C'est vraiment génial de voir cet ouverture d'esprit, qui transparait de manière si spontanée et si authentique, basée, comme tu le dis, sur l'échange et le partage. Quelle richesse !! Ceci dit, je ne doutais absolument pas de tes motivations personnelles pour ce voyage.
    La question que je t'ai posée faisait directement écho à l'expérience du frère de Léa au Mali. Parti en octobre passé avec toute sa petite famille, il devait y rester 3 ans, mais les circonstances les ont ramenés en Suisse après seulement 8 mois... Les enfants sont tombés malades et le système scolaire malien ne plaisait pas du tout aux parents... Bref, pour fêter leur retour et remercier les gens qui ont soutenu le projet, on a organisé un festival "Suisse-Mali" samedi passé dans un chalet au-dessus de Sorens. Ce fut l'occasion pour eux de nous faire partager leur expérience du travail humanitaire au Mali.
    C'est fou comme le bénévolat humanitaire est reçu de manière très différente par les populations locales en fonction des contextes et des cultures !!
    L'histoire de la fabrication des "chapelles", c'était en fait une boutade, je pensais que tu voulais plutôt dire que tu fabriquais des rosaires et des"chapelets"...

    Tout de bon pour la suite !!

    A bientôt
    Patrick

    RépondreSupprimer